Dossier de presse 2000-2005

Une nouvelle école de musique classique ouvre ses portes.

© 24 heures Région Lausannoise; 19.04.2005; page 27

Un vent russe souffle sur les Alpes

Dirigée et animée par le violoncelliste professionnel russe Sergueï Tcherkassov, la nouvelle école privée éponyme s'adresse aux petits comme aux grands amateurs et passionnés de violon, violoncelle et piano.

« Je réalise un vieux rêve d'enfant », déclare Sergueï Tcherkassov qui vous fixe des ses deux grands yeux intelligents et souligne ses propos d'un large sourire accueillant. Ce rêve est né sur les bancs d'école de musique de Moscou où il a appris le violoncelle et le piano. Depuis, l'idée ne l'a plus quitté et l'a accompagné jusqu'en Suisse, pays d'accueil où il est arrivé il y a une dizaine d'années.

Après avoir reçu une reconnaissance fédérale de son diplôme d'enseignement en musique obtenu en Russie, et grâce à l'aide d'une poignée d'amis proches, Sergueï Tcherkassov a finalement concrétisé son rêve d'enfant à la fin du mois de février.

Solfège, écoute et théorie

« Sergueï Tcherkassov Ecole de musique Lausanne » offre des cours, individuels et de groupe, de piano, de violon, de violoncelle, de solfège, d'écoute et de théorie de la musique. Cet enseignement « académique » s'étoffera par la suite « en fonction des demandes ». D'ores et déjà, il est ouvert aux petits, dès 7 ans, et aux grands, à partir de 15 ans. « Les jeunes élèves emmagasinent plus facilement » que leurs aînés. Mais il n'y a pas d'âge pour découvrir les joies de la pratique de la musique classique. « J'ai une élève proche de l'âge de la retraite qui a joué pour la première fois du piano dans mes cours. »

L'école ne se différencie apparemment pas d'autres institutions privées. « Je ne me considère pas comme un concurrent mais plutôt comme une offre complémentaire. » Seules différences peut-être: le charme naturel du directeur et professeur Tcherkassov et le pittoresque des locaux. Logée dans un bâtiment d'époque à côté d'une paire de colonnes antiques, l'entrée de l'école donne sur un trottoir coiffé d'un avant-toit de verre et de fer forgé.»

« Sergueï Tcherkassov Ecole de musique Lausanne »,Avenue des Alpes 5, 021 320 81 71.

« Sergueï Tcherkassov Ecole de musique Lausanne » est ouverte aux petits, dès 7 ans, et aux grands, à partir de 15 ans.

DOMINIQUE BOT TI, JANINE JOUSSON

La Lyre de Moudon ravit son public

© 24 Heures; 26.02.2000; VAUD

Peut-être les conditions météo y étaient-elles pour quelque chose, toujours est-il que le temple de Saint-Etienne n’aura pas fait le plein en ce dernier dimanche puisque, si l’on comptait une cinquantaine de choristes, c’est un auditoire d’une centaine de personnes qui s’était réuni pour la circonstance. Et qui aura été ravi par les prestations de la société moudonnoise, renforcée à cette occasion par la Chorale Saint-Amédée de Lausanne. Un programme composé essentiellement d' oeuvres liturgiques a conquis les mélomanes.

Sous la direction compétente et dynamique de Sergueï Tcherkassov, l’ensemble a fait valoir, en même temps que son attachement à l’art choral, des registres bien équilibrés et fort bien préparés pour présenter un répertoire qui ne faisait pas dans la facilité.

Profitant de la présence de l’organiste Daniel Thomas, tantôt aux grandes orgues, tantôt aux claviers de l’instrument installé dans le chœur, la programmation avait choisi d’émailler ce concert de prestations musicales de premier ordre. On aura tout particulièrement apprécié les morceaux d’ouverture (Isobel de Enigma), ainsi que le Carillon d’Orsière (improvisation sur une mélodie traditionnelle)… Les choristes, quant à eux, ont interprété des œuvres de Wolfram Menschick (Missa parochialis), une liturgie a capella (A ta Cène mystique et Dostoïno yést’) ainsi que des œuvres de Edward Elgar (Drei marianische Gesänge), avant de terminer par la magnifique Messe brève N7 de Charles Gounod.

Dire que les chœurs sont sous l’emprise et l’enthousiasme de leur chef, particulièrement dans les interprétations de compositeurs de l'Est, relèverait de l'aphorisme. Sergueï Tcherkassov a su leur insuffler toute sa fougue et sa passion pour la musique qu'il aime et qu'il connaît le mieux. Chœur d’oratorio, la Lyre a, nouvelle fois, fait état de ses qualités dans un genre musical particulier. On ne peut que souhaiter que ses rangs puissent se renouveler par une jeunesse qui viendrait renforcer les registres dans lesquels les voix sont parfois un peu fatiguées, sans pour autant être défaillantes. Il y a ici une société qui mérite sa réputation et qui porte haut les couleurs de notre cité dans les sphères musicales. Dommage que le public se soit montré quelque peu discret et absent en ce dernier dimanche : la Lyre aurait mérité mieux au terme de la préparation d’un concert parfaitement préparé et maîtrisé. Mais les mélomanes présents ont apprécié et applaudi comme il se devait.

GEF

Le portrait de Gilbert Salem de Sergueï Tcherkassov

© 24 heures; 06.09.2003 page 30; Vaud

Le roi de la musique, c'est l'enfant

Il est bien et beau dans sa peau, l'ami Sergueï. Depuis onze ans qu'il vit en Suisse, il s'y est acclimaté au point que les restes de son accent russe sont brouillés de vaudois. Il est directeur de chorales, enseigne le piano, le violoncelle, le solfège à des enfants.

A des adultes aussi. Il se sent honoré d'avoir reçu rapidement, le 28 août passé, une reconnaissance fédérale suisse de son diplôme d'enseignement en musique, titre obtenu à 26 ans à Moscou.

Oui, Sergueï Tcherkassov a été un enfant surdoué. Or il faut deviner à l'oreille en ce dernier qualificatif élogieux une petite croche de tristesse: tout petit, l'URSS de Brejnev l'a séparé de sa mère pour qu'il devienne une espèce de héros précoce, dans les domaines du sport et de la musique. Il se montra virtuose dans les deux, mais c'est en excellant surtout dans le second qu'il trouva sa vocation.

Sur les traces de Stravinski

Il débarque à 29 ans dans notre pays, se marie, hérite d'un beau-père érudit qui lui fait aimer la Suisse et le caractère secret, si diapré, si changeant, des Helvètes.

Sur les traces flamboyantes de son compatriote Stravinski, ce jeune chef de chorales se fait vite aimer par des ouailles de tout âge. D'autant plus que le répertoire des partitions qu'il leur impose (avec un sourire d'archange mais aussi une déconcertante autorité) est un mélange savant d'œuvres classiques, contemporaines et locales. Les chansons de l'abbé Bovet, Il les connaît par cœur. Et il aime.

A présent, il est sur le point de réaliser dans sa ville d'élection, Lausanne, un rêve qu'il caresse depuis son adolescence: ouvrir une école privée consacrée à l'instruction musicale. Le projet est sur de bons rails ; il ne veut pas pour l'heure en révéler les détails d'une manière circonstanciée, mais il est certain que son établissement ouvrira ses portes à la rentrée scolaire de l'an prochain, soit en septembre 2004. Il s'agira de donner aux enfants, futurs musiciens professionnels, un enseignement académique « dans toute sa complexité » et, dans une section qui lui tient aussi à cœur, de permettre à des adultes d'enrichir leurs connaissances. Sa priorité va pour l'enfance: citant Anthony de Mello, il dit que l'essentiel pour un bon pédagogue est de ne jamais essayer de transformer le dieu que chaque enfant porte en lui.

« Ce projet est dans mon cœur depuis mon adolescence, fait-il, en se retenant de verser la moindre larme. Mais, dans une nation étatique à l'extrême, il était inimaginable de créer une école privée. » L'enseignement musical, souvent de haut niveau, n'était dispensé qu'en des institutions contrôlées par le régime. « A 18 ans, je rêvais déjà d'une école de musique où les élèves recevraient une instruction classique, rigoureuse, mais se trouveraient dans un espace élégant, disons une maison de maître entourée d'un parc arborisé, et où, pour s'aérer l'esprit, on ferait de l'équitation. »

Cours privés de musique et de langue russe

Maintenant, Tcherkassov dirige la Lyre de Moudon et le chœur Intervalles. Il est traducteur de textes officiels pour l'Etat de Vaud, pour l'Office du tourisme vaudois. Il donne des cours privés de musique et de langue russe à des élèves jeunes et adultes.

Il travaille comme un diable, mais vaque aussi. Ce qui lui donne le temps de faire de l'ébénisterie, de suivre des cours de reliure auprès d'une charmante dame prénommée Maïté. Il a fabriqué de ses fines mains une miniature du Bounty, avec coque, étambot, mâts et voilures. Car cet intello est un étrange manuel.

Il est très aimé de ses ouailles, les chanteurs. Pour ses 40 ans, elles lui ont écrit des messages et des hommages verbaux dithyrambiques. Il en rougit plus de bonheur que d'orgueil.

Goûts et couleurs

Il aime lire dans le regard des gens de la gratitude pour son travail.

Il n'aime pas les emballages. L'emballage sous toutes ses formes. Celui d'un bonbon, d'un aliment. Encore moins celui d'une cervelle.

Il aime la beauté du Léman qui lui rappelle la Volga de son enfance. Mais il précise: « Ce qui me préoccupe, c'est la propagation actuelle dans le lac des puces de canards Donald. » A bon entendeur ...

Il n'aime pas la commercialisation de la musique. Celle qui tend d'ailleurs à dévaloriser tous les arts.

Il aime la conversation intime. En russe, un terme qui la désigne correspond au « don de l'âme à l'âme », d'Arthur Rimbaud.

GILBERT SALEM

Un fils de la Volga fait chanter la Broye

© 24 Heures; 23.02.2002; page 19

PORTRAIT : Sergueï Tcherkassov

Ce Russe vit en Romandie depuis dix ans et se plaît dans les traditions chorales du pays d'adoption. Avec une passion stravinskienne, il dirige deux choeurs: La Lyre de Moudon et le choeur Intervalles.

Il y a deux ans, nous avions déjà conté l'histoire rocambolesque de Sergueï Tcherkassov. Un Russe blond aux yeux myosotis et tendres d'enfant, qui aura bientôt 40 ans mais qui physiquement en montre dix de moins, tant sa physionomie est juvénile (et bien que son âme profonde, que je ne connais pas, puisse être noire).

Né à Iarroslavl, sur la Volga, une grande cité peu éloignée de Moscou, il fut très vite arraché au giron de sa mère par le régime soviétique, et enrôlé, malgré lui, dans les écoles des surdoués de l'URSS. Cela le conduisit à se faire remarquer dans des joutes sportives: football, basketball, hockey, tennis. Mais surtout dans la musique.

A 7 ans, il commence le violoncelle, il en donne des cours à 11 ans. Etudes dans les plus prestigieuses écoles de Russie et dans les grands conservatoires. C'est pour avoir épousé une Suissesse, avec laquelle il ne vit plus, qu'il s'est installé une fois pour toutes à Lausanne - après un séjour court mais instructif dans l'île de la Réunion.

Lausanne, il l'aime à cause du Léman, mais aussi pour la mentalité introspective de ses riverains, si différents des Suisses allemands, qui à son goût sont trop pragmatiques, trop peu latins. Il n'en dira pas plus.

Marraines vaudoises

De la capitale vaudoise, Sergueï ne se déplace pas en voiture, mais en train. Soit pour se rendre, par la voie 70 (!), à Moudon, où l'attendent avec chaleur et tendresse ses choristes des deux sexes de La Lyre; soit à Château-d'OEx, via le MOB, où il a enseigné à l'Ecole de musique du Pays-d'Enhaut, soit à Berne, où il collabore avec l'Orchestre de chambre romand de la ville.

Depuis 1996, Tcherkassov dirige aussi l'ensemble Intervalles, qui est né d'une fusion de la Chanson de Bossonnens, de celle du Riau d'Ecoteaux et Maracon. Oh! qu'elles sont éloignées des flots gigantesques de la Volga, ces rivières qui s'enroulent autour de nos villages et bourgades!

«Notre Sergueï à nous»

Gilbet Salem

Un chef russe surdoué chez les Vaudois

© 24 Heures; 26.02.2000; VAUD

PORTRAIT : Sergueï Tcherkassov

Il est né sur les bords de la Volga en 1963. Orphelin sous Brejnev, il vécut sa jeunesse sous tutelle d'Etat, et devint violoncelliste virtuose. Arrivé en Suisse en 1992, il dirige trois chorales vaudoises. Avec ça, il est aussi guide de Lausanne!

En un bel immeuble de style art nouveau du quartier dit «sous-gare», à Lausanne, Sergueï Tcherkassov occupe un appartement de dimension modeste, mais dont une porte-fenêtre s'ouvre sur un jardinet assez sec, comme en tout mois de février, orné de choux-raves hâves, et qu'il adore. Mis où il s'interdit de jouer du violoncelle, «pour ne pas indisposer les gens du quartier», dit-il. Quel dommage, c'est si élégiaque, c'est si doux le violoncelle! Ça porte en tout cas moins sur les nerfs que le cornet à pistons de mon voisin de palier. Il l'a meublé avec du talent, avec une austérité qui révèle une sensibilité d'homme de méditation plus que de tempérament - même si son sang slave le rend souvent jovial et sociable: mobilier en bois rare, boîtes russes de fine marqueterie, gouaches et aquarelles représentant les paysages du Pays de Vaud. Sur une pile de bouquins à la cuisine, il y a les Essais de Montaigne en caractères cyrilliques, les Pensées de Marc-Aurèle en français. Dans la bibliothèque de son petit salon, on trouve les oeuvres complètes de Vladimir Nabokov, celles de Mandelstam, de Pouchkine évidemment (un Russe qui ne vénère pas Pouchkine n'est pas Russe), et d'innombrables ouvrages en sa seconde langue préférée, celle de Molière.

C'est vous dire tout le merveilleux, le fantastique bariolage!

La pauvreté et le mérite

Sergueï Tcherkassov est né en 1963 à Iaroslavl, une cité de 630 000 habitants sur la Volga, dans la région de Moscou, et qui est autant célèbre pour son industrie textile que pour sa cathédrale de la Transfiguration-du-Sauveur, dont les fresques remontent au XVIe siècle

Orphelin, il ne garde de souvenirs de sa mère que du temps sacré où elle le faisait sauter sur ses genoux. Puis, à cause des rigueurs imbéciles et absurdes du régime soviétique à la mode de Léonide Brejnev, il en fut séparé.

L'Etat soviétique le prit en main, le fit évoluer dans des «maisons de l'enfance», où il se démarqua très tôt par ses talents de sportif (football, basketball, hockey, tennis, et j'en passe), son intérêt pour l'ébénisterie, et son aisance spontanée dans l'art du violoncelle. «En ex-Union soviétique, fait-il, c'est parce qu'on était pauvre qu'on nous poussait à devenir des «surdoués», à devenir ingénieux et méritants. Bien malgré moi, j'ai dû aussi entrer dans l'Armée rouge.»

Le violoncelle, il commence à en jouer à sept ans. A 11 ans, il donne des cours en remplaçant un prof en déplacement. A 15, il est admis dans une école professionnelle de sa ville natale. A 19, il entre au Conservatoire de Moscou. A 26, il a un diplôme en or en poche, par la faveur duquel il est invité à un festival mozartien à l'île de la Réunion. Cela se passe en 1991: au retour de ce voyage aux antipodes, il rencontre à Moscou une Suissesse qui deviendra sa femme. C'est ce bel épisode de sa vie en zigzag qui l'amènera à s'installer un jour en Suisse.

D'abord dans le canton de Berne, chez un beau-père enseignant et érudit qui lui apprend infiniment de choses précieuses sur la Suisse, ses religions, ses mentalités, et tout particulièrement sur la sensibilité romande. La vaudoise en priorité.

Suivent quelques années de vie familiale en une ferme qui date de 1774, proche de Palézieux, et le voilà à Lausanne, où, en appoint, il travaille comme traducteur en russe de brochures publiées par l'Office vaudois du tourisme. Il devient guide, afin d'accueillir dans la capitale vaudoise des touristes russes, ukrainiens, baltes et autres ressortissants de la défunte URSS.

Cet emploi l'engage à se documenter avec profondeur sur l'histoire lausannoise, à rechercher l'étymologie des noms de rues, à s'instruire mieux que quiconque d'ici sur la mémoire de chacun de nos monuments, de nos places ou venelles. En huit ans, le seigneur Sergueï s'est transformé en un virtuose de l'histoire lausannoise et vaudoise! «Mais c'est l'âme des lieux que je tiens d'abord à transmettre.»

D'Intervalles à la Lyre

Aujourd'hui, Sergueï Tcherkassov est un vagabond - puisqu'il dirige quelques formations chorales par les monts et vaux de notre canton, en passant par ceux de Fribourg - prend le train plusieurs fois et se déplace beaucoup en car postal. Il enseigne la musique à l'école publique de Château-d'OEx, où même les adultes sont admis. Il dirige la société chorale d'Intervalles, où se regroupent des chanteurs de Bossonnens, Ecoteaux et Maracon - «On y chante du classique surtout.

Il tient de même la baguette à l'Espérance, de Mézières (partitions de Mozart, mais également de Pierre Kaelin, de Charly Torche; plus des chants du monde entier). Enfin, depuis avant-hier, c'est lui qui aura en mains la Lyre de Moudon.

Il connaît l'âme vaudoise mieux que les Vaudois.

Gilbert Salem